Le Paraguay devant la France au classement des meilleurs plats du monde. Lima qui coiffe au poteau Tokyo, Paris et Barcelone pour le titre de meilleur restaurant de la planète. Les certitudes gastronomiques prennent des coups en 2025, et les chiffres ne mentent pas.
Ce que les classements 2025 révèlent vraiment sur la gastronomie mondiale
Deux références structurent aujourd’hui le débat : TasteAtlas et le World’s 50 Best Restaurants. Ces deux outils ne mesurent pas la même chose, et les confondre fausse toute lecture.
TasteAtlas est une plateforme collaborative. Son édition 2025/2026 repose sur 590 228 évaluations valides couvrant 18 912 aliments recensés dans sa base – soit plus de 3,9 millions d’évaluations de plats compilées au total. La méthodologie intègre une pondération de 30% pour l’authenticité du patrimoine culinaire, ce qui favorise les traditions bien documentées sur les cuisines de fusion ou d’exportation récente.
Le World’s 50 Best Restaurants fonctionne à l’opposé : un jury de 1 120 experts indépendants (chefs, journalistes spécialisés, gastronomes) vote pour désigner les meilleurs établissements de haute gastronomie mondiale. Ce sont des restaurants, pas des cuisines nationales. L’échelle et l’objet évalué diffèrent radicalement.
Quel pays a la meilleure cuisine du monde en 2025?
L’Italie reprend la première place du classement TasteAtlas 2025/2026, après une année passée en deuxième position derrière la Grèce. Dans l’édition précédente (2024/2025), la Grèce dominait avec un score de 4,69/5 contre 4,65/5 pour l’Italie. L’ordre s’est inversé cette année.
Le top 10 complet révèle une géographie gastronomique plus diverse qu’on ne l’imagine souvent :
- 1. Italie
- 2. Grèce
- 3. Mexique
- 4. Japon
- 5. Espagne
- 6. Portugal
- 7. Inde
- 8. France (4,54/5)
- 9. Maroc
- 10. Chine (4,43/5)
La France se classe 8e avec 4,54/5. Le Maroc fait son entrée dans ce top 10, signe que les cuisines d’Afrique du Nord gagnent en visibilité sur les plateformes d’évaluation. La Chine ferme le classement à 4,43/5, un écart d’un dixième de point avec la France qui illustre la densité du peloton.
Top 10 gastronomie mondiale 2025 : pays, villes et plats au sommet

Lire un classement gastronomique uniquement par pays masque une réalité plus fine. TasteAtlas 2025/2026 propose aussi un classement des villes et des plats, et ces deux dimensions racontent une autre histoire.
Côté villes, les quatre premières places sont toutes italiennes : Naples, Milan, Bologne, Florence. Naples tient sa position grâce à une identité culinaire d’une cohérence rare – la pizza napolitaine, les fritures, le ragù – des préparations identifiables et défendues avec constance. Paris décroche la 7e place mondiale, Lima apparaît en 10e position, fait significatif quand on croise cette donnée avec ce qui se passe du côté du 50 Best.
Au rayon des plats, le résultat le plus surprenant reste la première place du vori-vori, soupe paraguayenne à base de boulettes de maïs et de fromage. La pizza napolitaine suit en deuxième position. Ce résultat illustre bien la logique TasteAtlas : les plats très bien notés par une communauté d’utilisateurs engagés peuvent détrôner des institutions mondiales. La popularité en ligne n’est pas la même chose que la reconnaissance des chefs.
Maido sacré meilleur restaurant du monde 2025 : pourquoi Lima s’impose?
Le 19 juin 2025, lors de la cérémonie organisée à Turin, Maido (Lima) a été couronné meilleur restaurant du monde par le World’s 50 Best Restaurants. Le chef Mitsuharu Tsumura passe de la 5e à la 1ère place en un an, une progression qui ne doit rien au hasard.
Maido pratique la cuisine nikkei – cette fusion entre techniques japonaises et produits péruviens née de l’immigration japonaise au Pérou à partir de la fin du XIXe siècle. Concrètement, cela donne des préparations où le sashimi rencontre le pisco, où la précision du couteau japonais travaille des poissons des côtes du Pacifique sud. Une cuisine d’identité sincère, pas un exercice de style.
Le top 5 complet de cette 23e édition :
- 1. Maido – Lima (Pérou)
- 2. Asador Etxebarri – Espagne
- 3. Quintonil – Mexico (Mexique)
- 4. Diverxo – Madrid (Espagne)
- 5. Alchemist – Copenhague (Danemark)
C’est la deuxième fois que Lima décroche la première place, après Central du chef Virgilio Martínez en 2023. Le classement couvre 32 villes et 22 pays avec 10 nouvelles entrées cette année. L’Amérique latine s’est installée durablement au sommet.
La France fait-elle encore partie des meilleures cuisines du monde en 2025?

La réponse courte : oui, mais avec une nuance de taille. La France recule en 8e position chez TasteAtlas, loin derrière sa 5e place de l’édition 2024/2025. Ses 246 fromages AOC et 363 vins d’appellation contrôlée ne suffisent pas à compenser dans un classement où la diversité des plats du quotidien et leur popularité internationale pèsent lourd.
Paris reste 7e ville gastronomique mondiale, un rang solide. Et du côté du 50 Best, la France maintient une présence avec 4 restaurants parisiens dans le top 50 mondial. C’est moins que l’Espagne qui place plusieurs établissements dans le top 5, mais c’est une présence réelle dans la haute gastronomie mondiale. Si vous cherchez un exemple de ce que la France produit de plus ancré dans la tradition régionale, les préparations comme le gratin de cardons tel qu’il se fait à Lyon illustrent exactement ce patrimoine culinaire que TasteAtlas tente de quantifier.
Le vrai sujet français en 2025 : une gastronomie de haute volée reconnue mondialement, mais dont les plats du quotidien peinent à rivaliser en visibilité en ligne avec des cuisines plus photogéniques ou plus militantes dans leur communication.
Ces classements mesurent-ils vraiment la qualité d’une cuisine?
La pondération de 30% accordée à l’authenticité chez TasteAtlas crée un biais structurel : les cuisines dotées d’un patrimoine bien documenté et défendu par des communautés diasporiques actives en ligne sont avantagées. Une recette transmise oralement dans un village du Sichuan n’a pas le même poids qu’un plat labellisé IGP avec une page Wikipedia détaillée.
Les 590 228 évaluations valides semblent massives. Mais qui évalue ? Les utilisateurs de TasteAtlas sont majoritairement des voyageurs connectés, souvent européens ou nord-américains, avec un profil socioéconomique particulier. Certaines cuisines d’Asie du Sud-Est, d’Afrique subsaharienne ou du Moyen-Orient restent sous-représentées non pas parce qu’elles sont moins intéressantes, mais parce que leurs mangeurs naturels sont moins présents sur ce type de plateforme. La liqueur de cerise italienne ou portugaise, par exemple, bénéficie d’une communauté d’utilisateurs européens beaucoup plus active que n’importe quelle boisson fermentée d’Afrique de l’Ouest.
Le 50 Best résout partiellement ce problème avec un jury d’experts, mais en crée un autre : 1 120 personnes qui fréquentent les meilleures tables du monde ont des goûts et des réseaux qui se ressemblent. Les cuisines de rue, les tables familiales, les cantines ouvrières n’entrent pas dans cette équation.
Ce que ces outils capturent vraiment, c’est une photographie d’un moment précis, vue depuis un certain angle. Pas la qualité absolue d’une cuisine – une notion qui n’existe pas en dehors d’un contexte, d’un corps et d’une histoire.